L'Entre deux guerres

 

 La Paix manquée du traité de Versailles en 1919.

 

 

14 juillet 1919, c’est l’apothéose, la fête Nationale allant se mêler à celle de la victoire, mais cette victoire  hélas ! A un prix : 1.357.000 morts au combat, 3.595.000 blessés, gazés ou mutilés… Notre pays sort de cette guerre exsangue et cela allait se ressentir dans les années à venir sur le plan démographique d’une manière cruciale pour l’avenir de notre société……

La France, en effet a supporté pratiquement toute seule le poids de la guerre à la fois sur le plan humain, matériel et financier.

Ainsi dès le lendemain de la signature de l’armistice dans la clairière de Rethondes, CLEMENCEAU se trouvât-il en face de problèmes directement liés à la guerre.

Pendant les combats déjà et notamment en 1917, la situation militaire sur le front ouest et les différentes crises sociales dues à la baisse du pouvoir d’achat auraient du conduire à des affrontements entre partisans d’une tendance subversive – Déjà - et qui allait se développer plus largement plus tard, et les partisans de l’union sacrée ; mais l’attachement aux sentiments républicains et patriotiques, et peut-être aussi les mauvais souvenirs laissés par la Commune, prirent le dessus dans l’esprit de la majeure partie de la classe ouvrière.

 

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Le 11 novembre 1918, CLEMENCEAU à la tribune de la Chambre des Députés énonce les conditions de l’armistice, tous les élus se levant pour entonner une vibrante Marseillaise, le Président du conseil  «  Le tigre » avait conduit la guerre, certes en partie, mais il l’avait gagné, oh, sûrement pas tout seul, mais grâce au courage et à la ténacité des hommes en bleu horizon, aux renforts du Corps expéditionnaire britannique et en 1917 à l’arrivée des soldats américains……

Mais même si le Président de la République Raymond POINCARE, s’irritait de voir le Président du conseil s’approprier de cette victoire, il n’en restait pas moins vrai que venant au pouvoir, à 76 ans, et au moment même où la France traverse une situation particulièrement alarmante sur le front, à l’intérieur où fleurissent les campagnes pacifistes et certaines menées pro-allemandes, CLEMENCEAU va les combattre, galvanisant l’opinion publique, les chefs militaires ainsi que la troupe et surtout les différents clans politiques.

Ainsi le 20 novembre 1917, le Tigre intervenant à la Chambre des Députés, dévoile son credo  «  Ni trahison, ni demi trahison, nos troupes ne seront pas prises entre deux feux, la guerre ! Rien que la guerre, la justice passe et passera, le Pays reconnaîtra qu’il est défendu ».

Pourrait-on bien plus tard et dans un autre conflit rapprocher la deuxième partie de cette déclaration à celle d’un autre vendéen, le général de LATTRE de TASSIGNY, débarquant en Indochine en décembre 1950, déclarant aux officiers et sous-officiers  «Désormais vous serez commandés»

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Georges CLEMENCEAU la guerre gagnée, va devoir à nouveau se battre pour la Paix, mais une paix qui s’annonce difficile à construire, et où il va avoir à faire face à forte partie tant du côté britannique avec LLOYD George, qu’avec les italiens et Vittorio Emmanuel ORLANDO, qu’avec les américains du Président Woodrow WILSON et avec une délégation allemande peu disposée à faire des concessions…..

A Paris au Quai d’Orsay va se tenir en effet la conférence de la Paix du 18 janvier au 28 juin 1919.

CLEMENCEAU aura pour objectif, sans jamais se départir de la volonté qui l’anime, et il avait raison, de défendre jusqu’au bout les intérêts de la France qu’il avait classé méticuleusement :

      La réintégration au sein de la République de nos trois départements alsaciens et mosellans qui nous avaient été enlevés par le traité de Francfort du 10 mai 1871.

      Le paiement des réparations de guerre par le  vaincu-(Et à ce sujet il faut se rappeler également que l’Empire allemand avait exigé en 1871 le paiement d’une indemnité de 5 millions de francs- or, pour évacuer notre territoire et la mise en coupe réglée du pays pour ravitailler les troupes d’occupation allemandes)-

      Enfin certainement le point le plus important, la sécurité de notre frontière avec l’Allemagne.

 

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La conférence du Quai d’Orsay avait été précédée au mois de décembre 1918 d’une rencontre à Londres afin que français, italiens et anglais puissent confronter leurs points de vue et Dieu sait s’il y avait déjà des divergences !

Elles apparurent très vite, notamment sur les conditions de l’armistice que les allemands avaient accepté en fonction des quatorze points que le Président WILSON avait proposé, les italiens y étant opposés.

La conférence proprement dite fut mise au point lors d’une réunion du Conseil Suprême interallié, et là un premier échec pour la France, notre langue qui jusqu’à présent était utilisée comme seule langue diplomatique, fut doublée par l’anglais ; par contre Georges CLEMENCEAU obtint que la conférence réunirait lors des séances de travail que les représentants des cinq puissances- La France, le Japon, l’Italie, les Etats- Unis et la Grande- Bretagne, chacune d’elle ayant deux représentants, ce qui fut appelé le Conseil des dix dont CLEMENCEAU, élu par ses pairs en fut le président.

En fait ce conseil ne siégea que jusqu’au 24 mars 1919 et devint le conseil des quatre - Le japon ayant été éliminé - Et ne comprit plus que le Président des Etats- Unis d’Amérique, Woodrow WILSON, LLOYD George pour la Grande – Bretagne, ORLANDO pour l’Italie et Georges CLEMENCEAU pour la France.

Bien entendu les points de vue et les intérêts de chacun - Il y eut encore d’énormes divergences - Donnèrent lieu à des affrontements sévères et les crises étaient latentes, chacun menaçant de rentrer chez soi. Le Président des Etats- Unis d’Amérique étant prêt à signer une paix séparée avec l’Allemagne, ORLANDO démissionnant à cause de la question de Fiume, et LLOYD George attaqué par l’opinion publique et la presse britannique concernant la dureté des sanctions imposées à l’Allemagne…

Il faut rajouter à tout cela le fait que la délégation allemande, aussi hautaine et arrogante que possible faisait savoir le 7 février 1919, qu’elle refusait d’exécuter les prescriptions de la note que les alliés lui avaient communiqué concernant la rectification des frontières avec la Pologne, et seule la fermeté du Président du Conseil français, CLEMENCEAU, amènera la délégation allemande à de meilleurs sentiments, et ainsi l’Allemagne évacuera la province de Posen et de la Haute Silésie dont les populations étaient en majorité de langue polonaise.

Puis la conférence créa le 14 février 1919 la fameuse Société des Nations dont l’idée revient au Président WILSON, lui-même reprenant un vieux projet français datant de 1910.

Le 19 février Georges CLEMENCEAU fut victime d’un attentat et assez grièvement blessé par un dénommé COTTIN, mais particulièrement robuste, le Président du conseil français se rétablit rapidement, et va participer aux cent quarante cinq séances qui devaient régler les problèmes devant conduire à la Paix en Europe.

La question la plus importante concernait d’ailleurs la France, puisqu’il s’agissait de l’occupation de la rive gauche du Rhin, occupation qui en principe devait nous garantir de toute attaque de l’Allemagne ; certains en France dont le maréchal FOCH préconisaient de séparer la Rhénanie de l’Allemagne, d’en faire un Etat autonome sous le contrôle de la SDN- Les Etats-Unis y étant fermement opposés, WILSON proposa une autre solution qui consistait à une aide militaire au cas où la France serait attaquée, mais finalement ce fut encore la ténacité du « Tigre » qui l’emporta puisque le 14 avril 1919, il obtint du conseil des quatre, l’occupation de la rive gauche du Rhin, pendant 15 ans, avec une évacuation progressive partielle de 5 ans en 5 ans, il obtint également de faire retarder cette évacuation jusqu’à ce que des garanties suffisantes de sécurité soient données par l’Allemagne……

D’autre part les Britanniques étaient tout à fait hostiles à des mesures, qui ruinant l’Allemagne, conduirait cette dernière à être la proie du Bolchevisme, ce qui d’ailleurs faillit arriver, mais là encore «  le Tigre » réussit à obtenir des preuves de bonne volonté et les garanties suffisantes et imposa l’idée que l’Armée allemande ne dépasse pas les effectifs de 100.000 hommes, sans artillerie lourde, ni aviation, ni blindés.

D’autres sujets surgirent comme la question de la Sarre qui allait ressurgir quelques années plus tard, puis celles de réparations de guerre où plusieurs thèses allaient de nouveau s’affronter- Réparation au prorata des dommages subis, ou indemnisation totale, et cette question confiée à une commission interalliée allait gêner pendant encore longtemps les relations internationales en Europe.

La question de la responsabilité morale de la guerre fut également mise sur le tapis des négociations et devint par la suite une pierre d’achoppement…..

D’autres problèmes vinrent en surface et concernaient les relations que les occidentaux en fait devaient avoir avec la Russie Soviétique, les négociations d’ailleurs échoueront, les alliés engagés aux côtés de l’amiral KOLTCHAK, retirant progressivement leurs troupes et ne se bornant plus qu’à assurer le ravitaillement en matériel.

Les négociations avec l’Italie n’étaient pas de tout repos non plus, le Président des Etats- Unis ne voulant pas entendre parler des gains territoriaux de l’Italie au détriment de l’Autriche au Tyrol et en Dalmatie, ORLANDO exigeant de conserver Fiume, en faisant référence aux accords du traité de Londres de 1915 et des promesses faites à son pays pour qu’il rentre en guerre aux côtés des Alliés…..

Cette question allait rester sans réponse entre la Yougoslavie et l’Etat Italien jusqu’à ce que MUSSOLINI à la tête du gouvernement fasciste en 1924 occupe Fiume et l’annexe à l’Italie, coupant la ville en deux.

Le 7 mai 1919, les conditions de paix furent présentées à la délégation allemande à Versailles, lieu choisi par CLEMENCEAU pour effacer la défaite humiliante de 1871.

Les diverses discussions entre Alliés et les contre-propositions allemandes amenèrent au 16 juin 1919 compte tenu de la mauvaise foi des diplomates allemands, et les Alliés, excédés, rétorquèrent en donnant cinq jours pour répondre aux dernières propositions qui leur avaient été faites ; CLEMENCEAU pour sa part évoqua la possibilité d’une intervention armée avec FOCH, et que si le 25 juin les conditions du traité n’étaient pas acceptées, l’intervention auraient lieu……

Le 22 juin 1919, la délégation allemande acceptait le traité de paix : enfin le 28, ce dernier était signé dans la galerie des glaces du palais de Versailles.

Certes la Paix était signée, mais bien des problèmes restaient à résoudre et notamment celui de l’empire Ottoman.

Oui, la Paix en Europe allait régner jusqu’à l’avènement d’un certain Adolf HITLER, et malgré les interventions d’hommes comme René CASSIN ou Paul BONCOURT, nos responsables politiques eurent peu de réactions face à la montée en puissance du Nazisme et de ses alliés.

 

 

Francis AGOSTINI

Président du Comité de Coordination

des associations d’anciens combattants

et Victimes de guerre de Marseille et

des Bouches du Rhône.

Le 11 novembre 1918, l’armistice est signé à Rethondes et met fin à quatre ans de cauchemar et les conditions mises en avant par le haut commandement allié, le général FOCH, sont draconiennes.

Mais il fallait organiser la Paix et Georges CLEMENCEAU de déclarer « Nous avons gagné la guerre et non sans peine, maintenant il va falloir gagner la Paix et ce sera peut-être plus difficile ».

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