1914 - 1918

Le général JOFFRE décide de lancer une offensive en Alsace, offensive psychologique destinée à faire sentir aux populations alsaciennes que le cœur de la France battait toujours pour ses départements perdus en 1871…

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Par Francis AGOSTINI

Président départemental de l'Union Fédérale des Bouches-du-Rhône

Président du Comité de Coordination des associations d'Anciens Combattants

et Victimes de Guerre de Marseille et des Bouches-du-Rhône.

 

 

 

 

 

 

Les survivants de cette terrible bataille l'ont intitulé, je cite « La plus grande bataille de l'Histoire » Pour d'autres c'est « Verdun vision d'Histoire »

Personne avant le 26 Février 1916 ne pensait que cette ville et sa région allait devenir si célèbre, mais d'une célébrité bâtie sur une gigantesque hécatombe dans les deux camps -Français et Allemands-.

Pour le Français et l'Allemand qui s'affrontèrent, seul à seul, dans les champs des coteaux meusiens, Verdun se situe au plus haut de leur commune histoire: en dépit du sort des armes et du drapeau déployé, la similitude des souffrances endurées a créé une communauté d'âme et de souvenirs que rien ne peut séparer: Verdun est devenu un lieu de pèlerinage à la fois Français, mais également Allemand.

Verdun devrait inspirer aux générations futures l'horreur de la guerre et de toutes les violences.

 

 

 

La guerre de 1914 a mal commencé pour les troupes françaises, bousculées à Charleroi, en Belgique, un mini succès à Guise, puis retraitant vers le sud, il y eut le sursaut de la Marne, puis ce que l'on a appelé la course à la mer, et le début de la guerre des tranchées. Les belligérants s'enterrent pour se protéger du feu adverse - En début 1915, c'est la guerre des gaz qui commence - Dans la région de Verdun .c'est aux Eparges et à Saint Mihiel que se produisent les premières batailles -Saillant de St Mihiel - Février 1915.

Rien ne laisse donc prévoir, une attaque violente sur Verdun elle même en ce début de 1916.

Et pourtant, un lieutenant-Colonel, commandant les 56° et 59° bataillons de chasseurs, le Lt-Colonel DRIANT, gendre du général Boulanger, Député libéral de Lorraine, particulièrement bien renseigné par ses liens avec la famille du roi d'Espagne, Alphonse XIII, apprend que les Allemands envisagent d'enfoncer le front à Verdun et ainsi d'envelopper une partie de l'Armée Française...De plus un déserteur lorrain de l'Armée Allemande, prévient que l'état-major impérial Allemand est en train d'amener et de concentrer de la puissante artillerie, des munitions, des vivres et des troupes en quantités très importantes.

Dès la fin de 1915, les Allemands accentuent les constructions de voies de chemin de fer menant à la région de Verdun, les prolongeant par des voies étroites de 0,60m, jusqu'à proximité immédiate des 1ères lignes...

Driant au cours d'une mission à Paris en avertit le Président du Conseil ainsi que quelques députés et Présidents de commission à la Chambre des députés.....

Du côté Français, les avertissements donnés ne semblent pas avoir été pris en compte immédiatement et des erreurs d'appréciation vont être commises. -Le haut Commandement fait désarmer les forts comme celui de Douaumont à partir du 11 Août 1915 et Vaux- De plus il fait retirer 43 batteries lourdes avec 128.000 coups et 11 batteries à pied...Il faut rajouter à cela le désarmement des casemates de Bourges, des flanquements de fossé, réduction des garnisons, les unités de travailleurs sont envoyées ailleurs, des études sont diligentées pour la mise en oeuvre de la destruction des forts jugés inutiles.... En fait c'est un gâchis épouvantable - L'histoire de la capitulation du fort de Manonviller, pris lors de la retraite de Morhange pourrait expliquer cela, mais les enquêtes menées plus tard prouveront tout le contraire de ce qui avait été avancé par les responsables de cette fortification....

Les déserteurs parlent, les écoutes aussi -Il y aurait plus de 11 divisions d'infanterie Allemandes prêtes à passer à l'attaque…-Et le commandement français refuse toujours de croire à une attaque sur Verdun... !

Le 10 Février l’Etat-major - GQG- reçoit d'une source digne de foi l'imminence de l'attaque Allemande dans la région de Verdun – Dés renseignements de premières importances accompagnent l'information -La date est même donnée le 12 Février 1916 - Mais une soudaine tempête reporte l'attaque ce qui permet enfin au commandement Français de prendre des mesures, mais il est bien tard... Le renforcement du front se fait mais d'une manière désordonnée et la situation à la veille du 21 Février 1916 est la suivante :

      72 bataillons d'infanterie Allemande font face à 34 bataillons Français

      1000 bouches à feu Allemandes de tous calibres contre 270 Françaises.

      L'artillerie Allemande est surtout composée de pièces de très gros calibres-400m/m-380m/m-210m/m-150m/m-100m/m-88m/m-77m/m etc...

      L'artillerie Française se compose surtout de 75m/m type Romillot 1897., n'ayant qu'une portée inférieures à 8 à 9 Km.... alors que celle des Allemands a une portée bien supérieure, mettant ainsi les pièces Allemandes hors de portée des tirs de contre - batterie..

 

ôô

 

Le 21 Février à 7 heures 15 un bombardement épouvantable s'abat sur 60 Km de front, anéantissant les premières lignes de défense Françaises, bouleversant les tranchées et les ouvrages, saccageant les réseaux de barbelés - Mais aussi sur les carrefours, les gares, les dépôts situés à l'arrière pour désorganiser l'arrivée des renforts en hommes et matériels....

Et immédiatement les attaques Allemandes se développent sur la rive gauche de la Meuse-(Côte 304-Le Mort Homme - La Côte de l'Oie).Puis c'est le tour de la rive droite où les forces Allemandes tenteront de percer à plusieurs reprises le 21 Février, ensuite le 23 Juin et le 11 Juillet 1916.

Les combats sont excessivement violents notamment au bois des Caures où se trouve la Brigade de chasseurs du Lt-Colonel DRIANT, en pointe du dispositif de défense, puis la Côte 346, aux bois des Fosses et des Caurrières, la Côte du Poivre, Thiaumont, Douaumont, et Vaux, Damloup, enfin Fleury, .Froideterre et Tavannes.

Partout c'est l'enfer, et malgré les pertes, le bombardement des ouvrages et leurs destructions quelquefois les soldats Français, nos poilus se lèvent et contre-attaquent, se ressaisissent et résistent farouchement, véritables fantômes couverts de boue, en loques, n'ayant ni mangé ni bu, à court de munitions ils se battent à la grenade, à la baïonnette et dressent un véritable barrage humain devant les Allemands.

A Verdun, le sort de la France va se jouer non seulement le 21 Février et les jours suivants, mais durant plusieurs mois durant, puisque le haut commandement Allemand veut user l'Armée Française dans cette bataille titanesque.

 

ôô

 

Le général PETAIN, prend le commandement du secteur de Verdun le 25 Février et il se rend compte immédiatement qu'il faut rapidement remettre de l'ordre et acheminer des renforts et surtout en artillerie lourde: certes nos soldats se font tuer sur place, mais la chute du fort de Douaumont, pris sans combat, porte un rude coup au moral des combattants Les attaques Allemandes sur la rive droite et la rive gauche se poursuivent et des noms reviennent assez souvent sur les lèvres des poilus- Cumières, le Mort-Homme, Vaux et le fort de Vaux.

Jusqu'au 9 Mars ce ne sont que des combats sanglants.

A noter l'Ordre du jour célèbre du Général PETAIN, qui se termine par « Courage, on les aura »

Sur le terrain l'horreur est dépassée, les souffrances des soldats que ce soit d'un côté ou de l'autre sont immenses -L'odeur de la mort et de la putréfaction règne partout y compris sur les capotes des soldats...

En Avril de nouvelles attaques Allemandes échouent –Le 22 Mai le général MANGIN avait tenté vainement de reprendre le fort de Douaumont, mais l'attaque mal préparée avait coûté des pertes importantes côté Français. (Secret mal gardé, forces d’artilleries insuffisantes, faiblesse des effectifs engagés etc....)

Au contraire des troupes Françaises, les forces Allemandes, mieux organisées,ont préparé des lieux de repos pour leurs troupes, des abris en grande quantité, des tranchées protégées, des emplacements d'artillerie camouflés etc...

On peut dire que la véritable bataille d'usure se situe entre le 1° Mai et le 25 Août 1916.

Le général Allemand Von FALKENHAYN décide d'en finir avec Verdun et en Juin ses offensives connaissent quelques succès - Le fort de Vaux, à bout de munitions de vivres et d'eau est obligé de capituler - Le Commandant RAYNAL en est le héros.

Le 8 Juin une contre-attaque Française échoue et c'est un véritable carnage, les zouaves sont massacrés ainsi que les Marocains à proximité immédiate du fort de Vaux... Encore des noms devenus célèbres reviennent en mémoire -La tranchée des baïonnettes ou l'Histoire et la légende finissent par se confondre- (Soldats du 137e RI - 3e Cie)

Le 23 Juin nouvelle ruée Allemande, précédée par un barrage d'artillerie roulant de très grande intensité, surclassant largement les tirs de contrebatterie des Français ! Il s'en faut de peu que les Allemands percent le front dans la région de Tavannes -Tenir jusqu'au bout est demandé à nos défenseurs ! Tenir mais comment ? Il faut tout le courage, l'opiniâtreté de nos soldats pour résister et pourtant l'ouvrage de Thiaumont tombe, celui de Froideterre est neutralisé, et les Allemands sont à moins de 5 Km du centre de Verdun, et seule une contre-attaque immédiate peut les arrêter !

Le 11 Juillet nouvelle attaque sur Fleury ou du moins ce qu'il en reste... Les pertes sont effroyables,-Quelques exemples:

Sur 9000 hommes engagés dans ces combats, l'infanterie compte 88 officiers et 3232 hommes hors de combat aux 217e RI – 358e RI – 167e RI – 168e RI-

Le 12 Juillet les Allemands sont à 400 mètres du fort de Souville, mais une contre-attaque désespérée les rejette sur leurs bases de départ...

Le commandement Allemand comprend alors - Les ordres émanent directement de l'Empereur GUILLAUME II - qu'il faut ralentir les actions sur Verdun, car se déroulent les offensives alliées sur la Somme, ce qui soulage d'autant la pression sur ce secteur.

Honnêtement on peut avancer que Verdun était dégagé et sauvé après les 11 et 12 Juillet, mais que le risque demeurait et les pertes vont continuer de part et d'autre.

En Août la riposte Française se précise et les attaques menées visent surtout à grignoter le terrain et à récupérer peu à peu nos positions initiales.

Reprise de Fleury, en ruines, le 18 Août par le RICM après un combat sanglant-13 officiers et 1530 soldats blessés ou tués -Catastrophe du tunnel de Tavannes -Plus de 500 morts-, mais des succès et non des moindres, puisque le fort de Douaumont est réoccupé par le RICM et le 321° RI et la Cie 19/2 du Génie.

Le 2 Novembre c'est la reprise du Fort de Vaux

Le 15 Décembre nouvelle offensive Française visant à reprendre le bois des Caurrières et le village de Bezonvaux.

Le 20 Août 1917, toutes les anciennes positions tenues le 21 Février 1916 sont reprises et réoccupées.

Le 12 Septembre 1918, les Forces du général Américain PERSHING réduisent le saillant de Saint Mihiel, mais jusqu'à l'armistice du 11 Novembre 1918, les combats autour de Verdun ne cesseront jamais.

 

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LE BILAN DE LA BATAILLE

Les Français ont perdu à Verdun en 1916

61 289 tués

101 151 disparus

216 337 blessés.

Soit 378 377 combattants de tous grades -Les pertes en officiers étant proportionnellement plus importants d'un tiers par rapport à celles de la troupe.

Les Allemands eux ont perdu 330 000 hommes, tués ou blessés.

La bataille a ainsi coûté aux deux camps près de 700 000 hommes soit plus d'un tiers de tués et de disparus.

 

 

L'ESPRIT DE VERDUN.

Lors de l'inauguration de l'ossuaire de Douaumont le 18 Septembre 1927, le Maréchal PETAIN, a déclaré :

« De quel acier était forgé ce soldat de Verdun, que la France a trouvé à point nommé pour faire face à une situation exceptionnellement grave et qui a pu affronter sans étonnement les épreuves les plus sévères: était-il touché d'une grâce particulière pour avoir été porté aussi naturellement à l'héroïsme ? »

En fait ce sont les misères endurées qui avaient cuirassé contre les émotions ces soldats et avaient augmenté leur capacité de résistance à un degré jamais atteint.

Le soldat de Verdun a été vainqueur de la bataille parce qu'il avait aussi une fibre patriotique liée au corps et derrière lui la volonté toute entière du Pays à résister.

Le 5 août 1914 les premiers éléments du XVème corps commandé par le général ESPINASSE partent du Sud Est de la France pour rejoindre la IIème Armée en Lorraine au Sud de Nancy.

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En son quartier "Galliffet" à Constantine (Algérie), le Colonel Costet, commandant le 3e RCA, reçoit l’ordre de mobilisation. Il ne sait pas encore que partant de Galliffet, ancienne caserne de Mansourah, ainsi nommée en hommage au Colonel Galliffet qui commandait le Régiment en 1870 à la Bataille de Sedan. Il est loin d’imaginer que son Unité devrait, quasiment dans la même région, revivre un calvaire identique à celui de Floing en 1870. 

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